Re Jin Lee est née et a grandi à São Paulo dans une famille sud-coréenne, a poursuivi des études de mode à Londres, travaillé comme styliste en Californie et s’est installée à New York à 25 ans. Initiée très jeune à la beauté des choses grâce à une mère artiste peintre et céramiste, elle a d’abord tâté le tissu avant de s’intéresser à la terre et à ses qualités d’expression. En 2008, alors qu’elle estime avoir fait le tour de ce que la mode peut lui offrir, elle commence par acheter des services de table simples qu’elle décore de motifs, puis s’essaie à la fabrication de ses propres assiettes et tasses en céramique sous le label BDB NY pour Bailey Doesn’t Bark en clin d’œil à son chien.

Après de nombreux essais infructueux, Re Jin Lee est parvenue à des compositions géométriques impressionnantes .

La suite est très saccadée, six studios différents à Manhattan et Brooklyn en entraînant dans son sillage mari et enfants. Jusqu’à ce que toute la famille déménage Upstate en 2017, où Re Jin construit un studio suffisamment spacieux pour créer en toute quiétude des pièces qui dépassent leur rôle strictement fonctionnel. Le bâtiment aux airs de grange est percé de grandes fenêtres pour profiter pleinement de la nature environnante et de la lumière. Lors des travaux, des feuilles tombées sur le sol de béton frais impriment leur forme organique à l’espace, un détail fortuit qui ravit la céramiste. Des étagères sont installées de part et d’autre de l’atelier, transformant les lieux en une galerie éphémère au fur et à mesure de la progression des sculptures et de leur départ vers des boutiques et particuliers. Car les œuvres de Re Jin comptent aujourd’hui parmi les pièces les plus recherchées pour les intérieurs de goût new-yorkais.

En prenant racine sur son nouveau territoire, la céramiste, qui est maman de trois jeunes enfants, s’est astreinte à un rituel de vie plus rigoureux. « Avant d’avoir des enfants, je travaillais nuit et jour. Après quelques années de vaines tentatives, je suis parvenue à m’autodiscipliner. Je commence à travailler à 9 heures en écoutant de la musique ou des podcasts, et finis à 18 heures pour dîner en famille », explique-t-elle. Autour d’elle, des sculptures aux formes géométriques alignent leurs silhouettes irrégulières, un peu comme des constructions architecturales d’avant-garde. « Mon travail est fortement influencé par un mélange d’architecture moderne brésilienne, d’architecture coloniale portugaise et d’arts traditionnels coréens », confie Re Jin. « Toutes ces choses faisaient partie de mon quotidien à São Paulo. J’habitais près de l’Avenue Paulista où les chefs-d’œuvre d’architecture se succèdent. » Difficile de ne pas être marquée à vie par les réalisations d’un Oscar Niemeyer ou d’une Lina Bo Bardi.

« Tout ce que je vois et ressens influence ma création, d’une griffe sur le sol à un voyage ou mon humeur du jour  »

La mode, sa première passion, compte également parmi ses sources d’inspirations manifestes. « Je m’aperçois que mon processus créatif est très similaire à celui de la conception de vêtements avec des rouleaux de matière première, des imprimés, des drapés, des assemblages… Mais tout ce que je vois et ressens influence ma création, d’une griffe sur le sol à un voyage ou mon humeur du jour », nuance-t-elle. Depuis son déménagement à la campagne, la céramiste intègre ainsi des formes organiques, tout en courbes, à sa production, une évolution naturelle qu’elle est prête à laisser s’exprimer dans le futur quitte à mêler les genres.

Les oeuvres « Entre » et « Torn ».

Pour l’instant, sa technique consiste essentiellement à fabriquer plusieurs modules d’argile à l’aide d’esquisses et de moules « maison », puis à les empiler et à les assembler grâce à un travail d’équilibre pour créer des œuvres uniques. « L’argile peut être impitoyable, mais elle sera votre alliée si vous avez de la patience. Pour parvenir à l’équilibre d’une œuvre, beaucoup de choses sont à prendre en compte comme le type d’argile, son épaisseur, le contrôle de sa vitesse de séchage et son support. Je travaille d’abord le point d’équilibre et le construis par étapes en attendant au moins 12 heures entre chacune d’entre elles pour m’assurer que la base supportera le poids de la sculpture. » Le fait main est avant tout une belle histoire pour Re Jin dont l’aboutissement, tout comme il y a des millénaires, comblera celui qui l’accueillera chez lui.

Re Jin Lee

Artiste céramiste basée dans la région de New York. Force, équilibre et délicatesse sont ses mots d’ordre.

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