La collection « Ruines Textiles » revisite le style antique en recréant des colonnes t des bustes de l’époque dans du lin chiné.

Comment est née l’idée de la sculpture textile ?

Mon rapport au textile remonte à l’enfance. Quand j’étais petit, j’ai appris à coudre à la main. J’ai aussi toujours été intéressé par des artistes qui utilisent des tissus pour construire leurs oeuvres : Louise Bourgeois, Joseph Beuys, Cosima von Bonin, Ernesto Neto, Mike Kelley… pour n’en citer que certains. J’ai commencé à expérimenter très tôt le rapport entre la sculpture et ce matériau, si bien que j’ai développé ma propre méthode et ma technique. 

D’où vient votre passion pour l’Antiquité ?

 J’ai un penchant pour l’art antique et je suis particulièrement friand de la période gréco-romaine. C’est le point de départ pour s’interroger sur la notion de beauté et d’idéalisme dans une perspective occidentale. 

 Votre but est-il de vous rapprocher le plus possible de la version historique ? 

 C’est le fondement de ma démarche artistique. Je veux constamment améliorer mon savoir-faire pour voir jusqu’à quel point je peux imiter la sculpture classique. En remplaçant la pierre et le bronze par des matériaux mous, j’ai à coeur de déconstruire notre conception de la sculpture traditionnelle et de présenter l’archéologie sous un nouveau jour. Par exemple, je voulais travailler un buste à la gloire d’un empereur, avec une armure, une cape, etc. En faisant des recherches sur Internet, je suis tombé sur un portrait en marbre de l’empereur Antonin le Pieux, qui a particulièrement attiré mon attention. J’ai cherché en vain des photos du verso de cette statue. Après plusieurs mois de travail sur ma version de ce buste, j’ai découvert que l’oeuvre originale se trouvait au musée du Prado à Madrid. Dans la foulée, j’ai fait l’aller-retour dans la journée pour étudier la sculpture de plus près, notamment l’arrière. J’étais tellement heureux et empressé d’examiner cette pièce et de la prendre en photo qu’un employé du musée me surveillait de près pendant ma visite. 

Le drapé, cousu à la main est la dernière étape de confection des pièces en lin de Sergio Roger.

Pour imaginer ses œuvres, l’artiste puise son inspiration de statues antiques existantes repérées en ligne et dans des musées.

 Comment se déroule votre processus de création ? 

J’ai élaboré les premiers bustes textiles avec l’intention de recréer des pièces classiques sans inspiration spécifique. Dans un second temps, j’ai commencé à travailler en m’appuyant sur de véritables sculptures et oeuvres d’art découvertes dans des musées ou au gré de mes recherches sur Internet. Je débute par le choix d’une sculpture, que je vais soit recréer, soit utiliser comme inspiration. J’utilise le plus de photos possible, puis je commence à dessiner. J’ai mis au point une technique pour recréer des formes en 3D à l’aide de patrons. Je réalise plusieurs prototypes dans un coton de base que je garde jusqu’à obtenir l’aspect désiré. C’est à cette étape que je couds la pièce avec du lin antique et que je la rembourre. Ensuite, je m’attelle aux détails comme les cheveux ou le drapé. 

 Quel type de tissu travaillez-vous 

 J’utilise du lin ancien vieux de 100 à 150 ans. Je chine les tissus dans des boutiques spécialisées ou des marchés en Espagne et dans le sud de la France. Puis je colore ces textiles avec une teinture végétale. Pour le moment, j’ai seulement utilisé des teintes inspirées de la terre, par exemple le terracotta, qui donne une impression de patine, comme si la pierre était érodée. Mais j’aimerais expérimenter davantage autour de la couleur. Notamment, des tonalités vertes qui rappellent le bronze de l’Antiquité. 

 Quelles techniques utilisez-vous pour confectionner une sculpture ? 

 Les techniques que j’utilise sont celles du métier de tailleur, comme la confection d’un patron, la couture à la main, la broderie, le matelassage et la teinture naturelle. Mon travail consiste en un assemblage de techniques traditionnelles et comprend aussi une grande part d’expérimentation et d’improvisation. 

 Quelles sont vos envies pour le futur ? 

 Beaucoup d’idées se bousculent dans ma tête. J’aimerais, par exemple, expérimenter autour de l’échelle et la taille des sculptures. Et d’autres choses que vous découvrirez sous peu. 

L’atelier de Sergio Roger est situé en plein cœur du quartier gothique de Barcelone dans une demeure typique du XVIIe siècle appelée Palau Mercader, aujourd’hui louée à des artistes.

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