Depuis ses débuts, le studio HAOS oeuvre à créer des pièces de mobilier aux lignes dessinées et aux matériaux toujours très pensés. Baptisée « Works of Sobriety », leur nouvelle collection s’affiche, à notre sens, comme la quintessence de ce que le duo a entrepris depuis le lancement de son studio en 2017, une sorte de manifeste consacrant un design exploratoire et intuitif, façonné à partir de matériaux simples et de formes sculpturales. Ils nous racontent. 

Votre 4ème collection s’appelle « Works of Sobriety », quel enjeu, quelle démarche, cela induit en matière de design ?

L’une des inspirations derrière la collection est le mouvement Dogme 95. Initié par les réalisateurs danois Lars von Trier and Thomas Vinterberg en réaction aux excès des productions anglo-saxonnes, il visait à purifier le cinéma des artifices et effets spéciaux qui aboutissent souvent à des films formatés et impersonnels. Des films comme Festen sont pour nous l’illustration de la forme particulière d’élégance qui réside dans la capacité à exprimer ou susciter des émotions dans la retenue et avec une économie maximale de moyens. De la même manière dans le design, nous trouvons que de plus en plus de créations reposent sur, et parfois dépendent, de matériaux onéreux ou de savoir-faire artisanaux d’exception. À l’inverse, nous souhaitons désormais nous limiter à des matériaux simples, transformés dans notre propre atelier. L’objectif est d’arriver à les élever à travers une attention particulière apportée au dessin, à la clarté, aux proportions.

Quelles ont été vos inspirations dans l’élaboration de cette nouvelle collection ?

De nombreux artistes ou designers nous ont précédés dans cette recherche de sobriété, que ce soit dans les formes, les matériaux ou les techniques utilisées. On peut citer par exemple Enzo Mari, Gerrit Rietveld, Hans van der Laan ou même Donald Judd. La difficulté est bien sûr d’apprendre de ces travaux souvent très forts visuellement et conceptuellement tout en apportant une réponse personnelle, originale et contemporaine au problème.

Quels aspects, tant esthétiques que formels, avez-vous souhaité travailler et développer ? 

Les matériaux que nous avons utilisés obligent, par leur simplicité, à une exigence particulière au niveau des formes et des proportions. Nous avons cherché des solutions dans l’architecture japonaise, où l’harmonie émerge de la juxtaposition géométrique entre des matériaux bruts, parfois simplement agencés dans une structure apparente. L’objectif était de parvenir à des objets dépouillés mais chaleureux, austères mais légers. 

Après la céramique, le bois laqué, le chêne ou encore le bronze, c’est le contre-plaqué et la tôle qui sont cette fois au centre de votre travail. Votre approche de la matière a-t-elle évolué avec la conception de cette nouvelle collection ?

La recherche de sobriété sur le plan esthétique nous a naturellement conduit à interroger notre façon de produire notre mobilier. Nous avions l’habitude de fonctionner de manière assez classique, en dessinant des objets ensuite produits par des artisans. C’est bien sûr confortable et enrichissant de travailler avec des artisans expérimentés. Mais parallèlement nous nous sentions de plus en plus dépendants, et nous avions le sentiment croissant d’une certaine dispersion de notre attention et d’une relation de plus en plus virtuelle à nos créations. En nous limitant à des matériaux facilement accessibles et relativement simples à transformer, nous sommes beaucoup plus autonomes et les possibilités en termes d’expérimentation sont démultipliées. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’ouvrir un lieu de production à Lisbonne, où la majeure partie de nos pièces va désormais être fabriquée. 

De quelle façon cette collection ouvre-t-elle de nouvelles perspectives de création à votre studio ? 

Les premiers prototypes de la chaise ont été fabriqués par des artisans à Tanger au Maroc où nous avons passé plusieurs mois l’année dernière. C’était de l’artisanat brut, littéralement de rue, et nous avons trouvé que les pièces gagnaient en chaleur ce qu’elles perdaient en perfection. De la même manière, être autonome sur le plan de la production nous expose à plus de possibilités, d’imprévus, d’accidents. Les pièces seront peut être moins irréprochables sur le plan strictement artisanal, mais plus spontanées.

Comment définiriez-vous l’esprit, la signature, HAOS ? 

HAOS est une exploration, et nous sommes principalement guidés par l’intuition. Un nouvel objet doit correspondre à un point d’équilibre entre certaines qualités que nous voulons exprimer. Au final, l’aspect d’une nouvelle collection dépend du côté vers lequel la balance aura penché. Au fur et à mesure que notre appréciation de nous-même et du monde évolue, notre façon de faire, nos matériaux, nos choix esthétiques évoluent également. Je pense que nous commençons tout juste à comprendre la direction que nous voulons prendre, et ça en fait un moment particulièrement excitant dans notre cheminement créatif. 

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