Ormaie



Ormaie, c’est l’idée de l’orme, un arbre aujourd’hui presque disparu. C’est l’idée de l’endroit où l’on plante cet arbre, un jardin où l’on va semer un savoir-faire oublié, de nouvelles graines. Ormaie, c’est le concept d’un rapport direct à la nature.
L’histoire commence lorsque Baptiste propose à sa mère, directrice de création dans de grandes maisons de parfum, de créer une fragrance 100 % naturelle. “Il n’y a aucune question de mode ou de tendance dans cette démarche, bien qu’avec le recul, aujourd’hui, je trouve l’idée très moderne, explique-t-il. L’envie était simplement de retrouver le chic et la créativité du naturel : le rapport au temps, le fait de cultiver les plantes, la distillation… C’est très élégant.” Des dizaines de rencontres plus tard et les a priori des parfumeurs surmontés, leur première fragrance 100 % naturelle voit le jour. “Le plus important était de comprendre comment on pouvait réussir à faire un vrai parfum entièrement naturel, sans ajouts synthétiques, et à un coût raisonnable”, explique Marie-Lise, la mère de Baptiste. “Nous avons planché sur le projet durant deux ans, ajoute ce dernier. Nous voulions une visibilité complète sur tous les champs. Il a fallu convaincre les bonnes personnes. Nous avons travaillé avec beaucoup de parfumeurs différents, grâce à l’aide de ma mère qui a pu traduire de façon exceptionnelle ce que nous avions envie de dire à travers chaque fragrance. Nous voulions de vraies compositions, uniques, des instants qui nous rappellent des choses, et qui puissent en même temps parler aux gens. Il fallait atteindre un niveau incroyable. La macération de nos fragrances, avant de les glacer pour qu’elles se fixent, prend trois mois, par exemple, ce qui rend le produit d’autant plus exceptionnel.”

La nature de l’art
Une fois la machine lancée, Baptiste rencontre Jade, qui rejoint l’aventure en tant que directrice artistique. “Il y a une telle créativité dans les fragrances que c’était important de la transmettre également à travers le flacon”, explique-t-elle. Ils imaginent alors des objets à la croisée de l’art et du design. Les flacons en verre et leurs douze facettes s’inspirent de la bouteille de whisky japonais Hibiki qui se compose de 24 faces en référence aux 24 saisons nippones – un rapport au temps et à la nature cher à Ormaie. Pour les façonner, ils ont travaillé avec l’une des meilleures verreries françaises, qui réutilise ses propres déchets de verre en les remettant dans leur magma afin d’obtenir un verre toujours plus transparent. Les formes des sculptures qui surmontent les flacons sont pensées en fonction de la fragrance, de son nom, de son histoire. Leurs lignes simples et élégantes puisent dans le design contemporain du mobilier de la seconde partie du xxe siècle. Toutes polies à la main, ces formes sont réalisées en bois de hêtre issu de forêts renouvelables. Les étiquettes sont frappées, et non imprimées, sur les vieilles presses Heidelberg du xixe siècle de l’imprimerie du Marais. Pour la typo, la moindre lettre a été étudiée, adaptée, au parfum et à son histoire.
On a rarement vu projet aussi pensé et abouti, tant dans le fond que dans la forme. Ainsi, les parfums se nomment 28°, effluve solaire avec son bouchon rond et immaculé en référence au soleil blanc de Rimbaud ; Les Brumes, fruité et poétique ; Papier Carbone, travail sur la mémoire et les souvenirs d’enfance ; Yvonne et Le Passant, références familiales ; Toï Toï Toï, ou encore L’Ivrée bleue, exprimant la folie narcotique, l’exotisme de Gauguin, la jungle du Douanier Rousseau, fragrance à base de vanille noire, de cacao, de rhum, rehaussé avec de l’iris, du lys. “C’est une vanille un peu dark, explique Baptiste, davantage traitée comme un cocktail que comme une gourmandise.”


Texte : Laurine Abrieu – Photos : Hervé Goluza
Pour plus de renseignements, rendez-vous sur ormaie.paris

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