Paris. 9e arrondissement. C’est dans son quartier de prédilection que la décoratrice Émilie Bonaventure signe son nouveau projet. “Talma”, une maison de campagne Rive droite, inspirée du quartier de la Nouvelle Athènes dans lequel elle prend place, et pensée comme un écrin pour accueillir des œuvres. La quintessence de quinze ans d’expressions esthétiques.
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Texte : Laurine Abrieu – Photos : Åsa Liffner

C’est un lieu chargé d’histoires, comme Émilie Bonaventure aime à les raconter. Dans cet immeuble de 1820, ancien hôtel particulier de François-Joseph Talma, dramaturge et acteur de la fin du xviiie siècle et du début du xixe siècle, largement ouvert sur un jardin de 350 m2 connecté au petit théâtre qu’il avait construit, elle a écrit le synopsis d’un décor comme on jouerait une pièce. En assumant le blanc, et ses variations, en résonance avec la Grèce antique, en jouant sur les détails, avec le pied en colonne d’une lampe ou les effets de badigeon d’une œuvre, d’une finition, en mettant en scène des jeux de voilage contant la théâtralité, autrement qu’au premier degré, Émilie Bonaventure a pensé et orchestré dans sa globalité un lieu rare.

 

Pour atteindre cette expression parfaitement aboutie, il aura fallu d’importants travaux d’architecture intérieure. Lorsque la décoratrice et son équipe découvrent l’endroit, le lieu est froid, assez abîmé, plutôt brut et figé dans les survivances de son agencement antérieur. “Le propriétaire précédent vivait lui-même dans une certaine idée de la théâtralité, explique Émilie. Il y avait un grand escalier en fer forgé, des moulures, des mezzanines… Nous avons tout remis à plat et réaffecté en totalité la destination des pièces.” Ainsi, lorsqu’on pénètre aujourd’hui dans cet appartement de 180 m2, distribué sur deux étages, on est directement happé par un rez-de-chaussée qui invite à la contemplation. Tourné vers l’extérieur, un canapé seventies avec sa plinthe en poli miroir, tient salon auprès d’une table basse minérale de Pia Manu, prolongement du dedans-dehors, auxquels répondent deux tabourets de Michel Boyer et leurs piétements en Inox, ainsi que deux tables d’appoint de Christophe Delcourt en céramique aux émaux différents, l’un mat, l’autre brillant.



“On aimait cette modularité. Si on est seul, on dispose d’un grand canapé avec plein de petites tables, mais si on reçoit, elles peuvent se transformer en assises pour accueillir les convives, et là encore l’idée de troupe résonne.” La cuisine donne sur la salle à manger, pour lui laisser sa part de mystère sans la déconnecter. La décoratrice l’a habillée de panneaux en bois chinés. “Il fallait que ce soit simple, mais ancien. Comme pour le parquet que nous avons entièrement refait à partir d’un lot ancien datant du début du xixe. Il nous importait que la vibration du matériau soit cohérente avec l’époque de l’appartement.” Dans ce décor aux nombreux dialogues et références, des panneaux acoustiques des années 1970 transformés en œuvre murale, une table signée Jean Touret, des chaises danoises ou des luminaires italiens contrastent avec des pièces modernes d’Apparatus, Garnier & Linker ou encore Michael Verheyden. “J’aime beaucoup la création contemporaine et il me semblait important, dans ce projet, de se faire l’écho d’une époque. Ces créateurs incarnent dans leurs matérialités, leurs styles, leurs expressions tout ce travail refait autour des matériaux nobles : l’albâtre, le bronze, les patines parlent d’un moment, qui est aujourd’hui et maintenant.” Ainsi, de l’architecture intérieure à la décoration, en passant par l’achat d’art, de l’œuvre photographique d’Anna Malagrida dans le salon à la vaisselle Frama dans la cuisine, c’est un condensé d’expressions, et d’affections, que délivre ici Émilie Bonaventure, dans l’esprit d’un nouveau raffinement, celui d’un luxe non ostentatoire, basé sur le goût des beaux matériaux et la connaissance.

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