C’est dans une immense magnanerie à deux pas du cœur de Nyons, en Drôme provençale, que se cache la Scourtinerie, petite manufacture familiale fondée en 1882 par Ferdinand Fert, inventeur de la machine à tisser les scourtins. Les scourtins, ce sont des filtres en fibres naturelles en forme circulaire de béret basque qui servaient initialement à extraire l’huile d’olive par pression à froid. S’ils ne sont plus utilisés à cet escient, ils se déclinent désormais en dessous de plat, paillassons et tapis colorés de toutes tailles, fabriqués sur place selon la même technique ancestrale de tissage, à partir d’une corde de coco imputrescible venue de l’état du Kerala en Inde, comme à l’époque de Ferdinand Fert. Curieux et visionnaire, l’artisan avait déjà opté pour ce matériau ultra résistant et 100 % naturel après avoir constaté son utilisation dans le cordage des marins.

Aujourd’hui, dans l’atelier situé au 1er étage de l’imposante bâtisse, les machines d’origine, toujours en activité, côtoient les écheveaux et bobines de cordes de coco aux tons naturels ou chatoyants, dans un joyeux bric-à-brac qui suscite l’admiration et la curiosité des visiteurs. Brevetée en 1892, la technique de tissage vaut aujourd’hui à la Scourtinerie d’être classée Entreprise du Patrimoine Vivant, un label d’état qui salue l’excellence d’un savoir-faire artisanal et rare. 

 

Depuis 2018, la Scourtinerie a diversifié ses activités en développant des ombrières, des voiles d’ombre à suspendre ou à fixer sur une pergola. La technique de fabrication reste la même : il s’agit simplement de desserrer la trame des scourtins. Du fait de leur tissage aéré, les ombrières tamisent les rayons du soleil et laissent passer la lumière tout en offrant une faible prise au vent. Disponibles sur mesure ou en tailles standards, résistantes aux intempéries, les ombrières sont proposées dans des couleurs naturelles et peuvent rester dehors toute l’année. Simples et esthétiques, elles rencontrent un franc succès.

Aujourd’hui gérée par Frédérique Villeneuve et Arnaud Fert, les arrières petits-enfants du fondateur, la manufacture compte huit salariés au total, tous formés à la technique de tissage expliquée pas-à-pas dans le petit musée à visiter sans faute au rez-de-chaussée, en face du showroom – boutique. Sophie, la fille de Frédérique, a rejoint elle aussi l’entreprise familiale au terme de ses études et d’un tour du monde. En charge notamment de la communication et des réseaux sociaux de la Scourtinerie, la jeune femme se rend régulièrement dans le Kerala à la rencontre des fournisseurs de corde de coco, comme l’a fait autrefois son aïeul. Elle profite aussi de chacun de ses voyages pour apporter son soutien à deux associations œuvrant à la réinsertion de femmes en difficulté. Une relève assurée avec brio.

Texte : Nathalie Balland – Photos : Pauline Chardin

scourtinerie.com 

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