L’atelier de Philolaos Tloupas

Connu pour ses commandes publiques monumentales, l’artiste-sculpteur prolifique et pluriel est également l’auteur d’une multitude de créations en pierre, béton, terre cuite et Inox qu’on se plaît à redécouvrir via la visite confidentielle de son atelier, œuvre manifeste, où tout est resté en place depuis sa disparition en 2010.

Dans la commune de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, au bout d’un chemin de campagne, se dresse une sculpture monumentale en métal. Du haut de ses 4,50 m, une statue géante à l’effigie de Georges Pompidou veille. Comme un phare, cette œuvre originale de Philolaos Tloupas, dit Philolaos, marque l’entrée du terrain acquis par l’artiste dans les années 1960. C’est ici, dominant la verdoyante vallée de Chevreuse, avec le château de Coubertin comme noble voisin, que l’artiste d’origine grecque a construit sa villa-atelier, dont l’entrée est elle-même gardée par un immense Pierre de Coubertin (photo).

 

 

Repaire de créateur
Pour la petite histoire, arrivé en France dans les années 1950, venant d’Athènes où il avait fait les beaux-arts, Philolaos commence sa carrière à Paris, où il fréquente l’Académie de la Grande Chaumière et les cours du sculpteur Marcel Gimond à l’École nationale supérieure des beaux-arts. Il œuvre dans le Montparnasse artistique des années 1950-1960, avant de prendre un poste de professeur de poterie et de sculpture aux Ateliers éducatifs de Claireau, à Chevreuse. Non loin de là, Philolaos achète un vaste terrain. En quelques années, il imagine et construit pierre par pierre, de ses propres mains, une villa-atelier à la structure globale basée sur le nombre d’or. Le dessin est clair, épuré, la construction au style moderniste est largement ouverte sur la nature alentour grâce à de grandes baies vitrées. L’artiste a littéralement tout fait, des plans au mobilier, jusqu’aux couverts et au poivrier. “Il portait en lui une véritablee réticence à acheter les choses que l’on peut tout aussi bien faire soi-même”, confie Yorgo Tloupas, directeur artistique de renom et designer, fils de l’artiste. “Il avait une sorte de manie de création totale, c’est-à-dire que tout ce qui pouvait être fait de ses mains allait l’être.”
Véritable lieu à vivre pourvu d’une chambre, d’un salon, d’une cuisine, d’une incroyable salle de bains en Inox et, évidemment, d’un large espace de création, l’endroit surprend par le contraste entre l’angularité et la rigidité de la bâtisse et les créations-sculptures de l’artiste qui habitent l’espace. Il y a une forme acérée et aiguë dans la construction de cet atelier, qui n’est pourtant jamais brutale ou agressive, malgré l’utilisation de matériaux froids, tels que l’Inox, le béton, le carrelage ou le bois laqué. Ici, l’architecture comme le mobilier vont à l’essentiel. “Mon père était vraiment un ascète, il descendait directement de la montagne, aussi bien en ce qui concerne les vêtements que la nourriture et les besoins du quotidien. Il était très proche de la philosophie du berger, dans un univers complètement fabriqué sur mesure.” Un univers “handmade” poussé à son paroxysme quelques années plus tard, lorsque, en 1974, Philolaos bâtit à 50 m de son atelier, juste un peu plus bas sur le même terrain, la demeure familiale.

 

Le sculpteur des architectes
Dans ce haut lieu de création qu’est l’atelier, c’est l’étendue de l’œuvre de l’artiste qu’il nous est donné la chance de découvrir ou de redécouvrir. Descendant d’un père ébéniste-tourneur sur bois et d’un grand-père chaudronnier, Philolaos s’initie très vite au maniement des outils et conçoit lui-même des objets dès son plus jeune âge. Adulte, son travail conjugue meubles/objets-sculptures et créations figuratives, développés dans une palette de matières diverses (bois, terre cuite, pierre, plâtre, béton, métal…) et des réalisations monumentales intégrées dans les projets de nombreux architectes et paysagistes, professions dont il était très proche.
Ainsi, si Philolaos est le brillant créateur de commandes publiques impressionnantes telles que la sculpture-château d’eau (1971) de Valence, à l’initiative de l’architecte urbaniste André Gomis, et qui lui vaudra l’appellation de “sculpteur des architectes”, ou encore Les Nymphéas (1989) de La Défense, création en forme de fleur disposée dans un bassin, il est également l’auteur de pièces plus confidentielles dont l’éclectisme nous enchante. Ainsi, entre le fauteuil à bascule en bois, la banquette en béton moulé, la table basse en acier ou encore le meuble télé qu’il a imaginé pour l’endroit, l’atelier regorge d’œuvres originales, allant de ses tableaux de bois en relief à ses bouteilles en Inox souvent comparées au travail de Morandi, en passant par les coupes à fruits qu’il réalisait en pierre à partir de galets récupérés sur la plage en Grèce, où il partait tous les ans en vacances en famille, ou les gogottes, bestiaire fantasmatique de bêtes imaginaires, que l’artiste développa en terre cuite, bronze et métal, à différentes échelles.

Un artiste inoxydable
Fontaines, dessins, foulards sérigraphiés, flopée de maquettes, micro-sculptures, réalisations mécaniques, bijoux en béton lavé… L’œuvre de Philolaos est considérable. Et nombre de ses créations restent à éditer aujourd’hui. D’ailleurs, Yorgo, sa mère Marina Assael Tloupas et sa demi-sœur Isabelle Tloupas œuvrent à faire davantage connaître le travail de l’artiste à travers de multiples projets. Un livre est notamment en préparation, ainsi qu’une exposition personnelle, dans deux ans, dans le cadre de la célébration des 50 ans des châteaux d’eau de Valence, organisée par le musée d’Art et d’Archéologie de la ville. À noter : l’atelier peut être visité chaque année lors des Journées du patrimoine.


Texte : Laurine Abrieu – Photos : Julie Ansiau
Pour plus de renseignements, rendez-vous sur philolaos.fr

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