Paris 10ème arrondissement. A la croisée de la sculpture et de l’utilitaire, les pièces protéiformes et singulières de Kalou Dubus séduisent aussi bien de grands noms de la mode, comme Isabel Marant, que des collectionneurs et amateurs avertis. 

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Texte : Laurine Abrieu – Photos : Alex Profit 

Ce matin, la lumière de décembre inonde l’espace, un grand plateau de 100m2, ancien atelier de couture, que Kalou Dubus a investi il y a quatre ans. Ici, elle pratique le tour, le travail à la plaque, monte ses pièces, stock ses terres, modèle, émaille, cuit, tout se fait sur place, en plein cœur de Paris. Parcourir les étagères de son studio, c’est observer un tableau. Les contrastes y sont saisissants. Son approche de la couleur, de la matière, et même des formes traduisent l’appétence pour le dessin et la peinture de cette ex-designer textile, diplômée des Arts Déco. Chez Kalou Dubus, un vase à oreilles rose pâle côtoie une jardinière graphique à l’émail carrelé ultrabrillant, aux côtés d’un pot XXL aux courbes organiques et d’une lampe en grès chamotté noire, brute et texturée. « J’aime les oppositions, les chocs. Je compose beaucoup mes pièces les unes par rapport aux autres, ainsi je crée comme des paysages, où les éléments, les influences, se complètent, se mélangent, se confrontent. » explique-t-elle. 

Emprunts de ce répertoire de créations protéiformes à la croisée de la sculpture et de l’utilitaire, les rayonnages de son atelier témoignent de la diversité singulière qui caractérisent la pratique libre et spontanée de la céramiste entamée 6 ans plus tôt. 

La terre au centre 

« Cela faisait longtemps que j’avais envie de faire de la céramique, confie Kalou, mais dans une démarche récréative. Ma mère pratiquait et j’ai vécu toute mon enfance en Bourgogne, terre de savoir-faire et de céramistes, donc il y avait là peut-être un côté retour aux origines, je ne sais pas, à certaines racines en tout cas. » Elle commence son apprentissage en s’inscrivant à un atelier de la ville de Paris, elle y découvre le modelage, le travail à la plaque, mais surtout entrevoit le terrain de jeu et d’expression fabuleux qu’offre la céramique, fascinée par tout ce qu’il est possible de faire avec quelques outils et un rouleau à pâtisserie. Elle part ensuite une semaine en Grèce poursuivre son initiation chez l’artiste française Sabrina Binda. Sur la route de la corniche qu’elle prend tous les matins pour rejoindre l’atelier baigné de soleil et donnant sur la mer, elle entrevoit les possibles et se décide. Rentrée, elle file chez son vieux cousin de 80 ans, ancien ouvrier Renault ayant tout quitté en 68 pour s’installer à la campagne comme potier. « J’y suis allée une semaine, je campais dans la cuisine, c’était très rudimentaire, il avait fabriqué son tour avec un moteur de tondeuse, le truc ne tournait pas rond, la pédale ne revenait pas (rires). Il m’a montré les bases, centrer la terre, percer, monter… C’était super » Avant d’emménager dans le 10ème, elle poursuit son initiation à l’atelier Mire, dans le Marais, puis s’achète un four et continue le développement de sa pratique en solo. « Je me suis beaucoup trompée, ça a peut-être été un peu long, mais je crois que dans l’âme je suis assez autodidacte. » Très vite, elle commence à façonner ce qui va singulariser sa pratique, ce répertoire de pièces en grès au caractère sculptural mais toujours utilitaire. Une création emmenant vers une autre. De la petite vaisselle, qu’elle réalise à l’envie en guise de « récréation », à ses désormais iconiques « planter » bipodes, en passant par ses vases expérimentaux, jusqu’à ses dernières pièces, table, ou luminaires, plus volumineuses, qui ouvrent de nouvelles perspectives de création, entre le mobilier et la sculpture.

Sa créativité fertile se nourrit de design, d’architecture, d’art contemporain, d’histoire de l’art. Passionnée de voyages, l’architecture japonais inspire certaines de ses créations comme la série « carrelage » ou l’une de ses dernières lampes toute en hauteur, rappelant ces maisons nippones conçues comme des mini-immeubles. Ses références en matière de céramistes vont des pièces de Sottsass, au travail plus rustique de Jacqueline Leurat, Pierre Digan ou Robert Deblander, en passant par les œuvres plus géométriques d’Hans Cooper, ou le caractère organique et seventies de Valentine Schlegel. « J’aime aussi beaucoup la culture de La Borne, dans un côté plus paysan presque de la céramique, le feu de bois, le grès utilitaire… ça me parle » complète Kalou.

Collaborations fertiles 

Des marques comme Forte Forte ou Isabel Marant ne s’y sont pas trompées en lui commandant des pièces, sans directives précises, mais pouvant simplement correspondre à leurs univers. L’iconique marque de mode parisienne intègre d’ailleurs à toutes ses boutiques deux créations grand format de Kalou, un pot à plantes aux variations organiques faites de bandes coupées et superposées, ainsi qu’un planteur bipode développé en béton en raison de sa grande taille. Pour Noël, elle a également livré à la marque une super production de 350 petits présentoirs de montres en céramique aux formes plurielles, toujours. Récemment, Kalou a entamé une collaboration avec la galerie parisienne Desprez Breheret aux côtés de laquelle elle développe du mobilier grand format en béton qu’elle réalise avec un artisan. L’applique Lipstick présente à l’atelier, ainsi que deux tables basses, la Jumbo, grand galet d’1 m 80 posé sur deux pieds, et la Mushroom, faussement ronde, y sont proposés en exclusivité. Un travail amené à se poursuivre et grandir. Et à voir les grandes lampes en terre blanche aux lignes architecturales sur lesquelles Kalou travaille, il y a fort à parier que de bluffantes nouveautés viendront bientôt compléter les étagères. 

 

@kalou_dubus

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