Agnes Studio

Lors de leur première rencontre en 2010, Estefanía de Ros, alors âgée de 20 ans, se rêve photographe. Gustavo Quintana, 28 ans, organise des soirées speakeasy à Guatemala City. Il souhaite donner une direction artistique aux photos de ces évènements, et confie la mission à la belle au regard félin. Au fil de leurs rendez-vous, une passion commune pour l’art et le design se dessine. Estefanía part ensuite à New York. Elle étudie le design d’intérieur; Gustavo, de son côté, le design interactif. Puis le hasard pousse un peu les choses. Un ami de Gustavo, qui souhaite ouvrir un café, lui demande de l’aider. Le premier projet commun du couple naît. Il remporte ensuite un concours organisé par Urban Outfitters avec un système d’étagères modulables pour petits espaces.

Ce n’est toutefois qu’en 2016 que les amoureux fondent Agnes Studio. « Nous voulions un nom qui reflète nos personnalités. La philosophie intrinsèque des œuvres de la peintre américaine Agnes Martins nous parlait », expliquent-ils. Leur maison moderniste, bordée d’un grand jardin tropical, sert de terrain fertile à leurs explorations de formes et de matières. Pendant deux ans, ils enquêtent sur l’artisanat précolombien pour essayer d’imaginer l’habitat local tel qu’il aurait pu être si les Espagnols n’avaient pas mis le pied en Amérique centrale amenant avec eux la culture européenne. « Nous voulions créer des objets qui semblent provenir de la terre, et possèdent, grâce à la main de l’artisan, une âme, soit une utopie dans le monde présent et à venir que nous devons défendre », éclairent-ils.

Autel des temps modernes
Leur première collection Living-Stone fourmille de références à l’iconographie ancienne. La lampe Montaña/Piramide en pierre de lave, aluminium, acier et laiton renvoie ainsi aux pyramides Maya bâties face à la montagne pour rejoindre les dieux. Parmi les meubles aux lignes singulières, la console Altar en lave et marbre noirs fait, elle, figure d’autel des temps modernes. « L’idée nous est venue de l’importance accordée aux rituels à travers l’humanité, des autels de cérémonie utilisés par les prêtres à l’humble meule à maïs des Mayas », expliquent les designers qui, pour chaque projet, s’associent à des artisans locaux. La pierre de lave intervient souvent dans leur démarche créative. « Nous avons plus de 30 volcans au Guatemala, mais bien qu’on trouve de la pierre de lave à l’état brut partout, elle est rarement utilisée aujourd’hui. » De tous leurs meubles, c’est du fauteuil Lana, à la voluptueuse assise de laine des hauts plateaux d’ordinaire réservée aux tapis et aux tapisseries, dont ils sont les plus fiers. « Nous aimons y paresser avec l’impression d’être dans les nuages », confient-ils.

Estefanía et Gustavo, dont les créations sont disponibles sur 1stdibs, exposent, depuis février, des pièces exclusives (daybed, table, tapis…) à la nouvelle galerie Ago Projects, à Mexico. Ils travaillent également à une collection de petits objets qui devrait notamment comprendre des céramiques. « Dans un horizon lointain, nous rêvons d’un studio nomade qui nous permettrait de voyager et de collaborer avec des designers, des artisans et des marques d’autres coins du monde », soulignent-ils.

_
Texte : Muriel Françoise – Victor Martinez et Robert Ormerod
Pour plus de renseignements, rendez-vous sur agnesstudio.co

©