Quatrième parfum de la marque, Rōzu fait écho à la vie et l’œuvre de l’éminente Charlotte Perriand. Une fragrance florale conçue en collaboration avec le nez Barnabé Fillon qui nous en livre ici l’essence.
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Propos recueillis par Laurine Abrieu

Quelle est l’histoire de Rōzu ?
Je travaillais sur un projet au Japon avec la pépinière Wabara qui cultive des variétés de roses hors du commun depuis trois générations. Le fils avec qui nous avons collaboré en a créé un peu plus de 100 et en a d’ailleurs dédié une à Charlotte Perriand, développée avec le concours de sa fille Pernette. Là-bas, ils utilisent une machine qui extrait toutes les informations de la fleur, aussi bien olfactive, que médicinale ou chimique. C’est un procédé qui est davantage lié à la médecine qu’à la parfumerie et je voulais développer cela avec eux. Collaborant depuis longtemps avec Aesop et forte des nombreux ponts qu’elle opère avec l’architecture et ses mentors, j’en ai parlé à la marque qui à ce moment-là avait justement pour projet de composer un parfum floral.

Comment avez-vous travaillé cette fragrance ?
J’ai collaboré étroitement avec la famille Perriand, en passant du temps dans le loft parisien de Charlotte et dans son chalet à Méribel, mais aussi en voyageant au Japon avec sa fille Pernette. Nous avons remonté ses souvenirs d’enfance, nous sommes retournés sur les lieux qui ont compté pour la designer, rencontrés les gens qui l’ont connu, avec qui elle a travaillé… Et puis réfléchit à la façon dont Aesop pouvait raconter cette partie de sa vie au Japon.

Sur quelles notes avez-vous joué pour évoquer cela ?
A travers un accord principal de rose et de shiso rouge, basilic japonais. La rose Perriand est l’inspiration esthétique du projet, couleur crème, elle revêt lorsqu’elle se fane de doux reflets métalliques, formidable écho à l’architecture et l’univers industriel que Charlotte Perriand a fait entrer dans la maison. Le shiso, dont il émane une odeur d’herbes aromatiques alpines, arrive ensuite, j’aimais ce dialogue entre les deux et la référence à l’air vivifiant des montagnes que Charlotte aimait arpenter, évocateur de son besoin de liberté, de l’intensité de son souffle libre. Un des grands souvenirs olfactifs de Pernette avec sa maman est le vétiver, souvent considéré comme masculin, qu’on retrouve ici en note de fond. Ainsi, la rose est presque dissimulée dans le parfum, elle est très furtive, j’aimais cette idée, qu’elle soit comme l’esprit malin de Charlotte Perriand subtilement immiscé là. On retrouve aussi du bois de Gaïac, qui vient d’Amérique du sud et produit une très belle résine avec une légère odeur de poire très verte, un peu fumée, qui pousse le côté vert des plantes aromatiques alpines. Il y a également du cumin, qu’on sent dès les premières notes, et qui porte le côté extraverti de Charlotte.

Qu’incarne pour toi Charlotte Perriand ?
Je l’ai découverte quand je devais avoir 13/14 ans. J’ai toujours était très admiratif de son travail, amener le domaine de l’industrie dans les foyers, cette intelligence sociale, le génie du design qui devient fonctionnel et pratique… Mais pour moi, c’est aussi une présence. Quand je suis allée pour la première fois au Japon, j’avais lu son autobiographie, et tout au long de mon voyage, c’est comme si elle m’avait guidé, donné un regard sur le pays, l’artisanat, comme une présence malicieuse et bienveillante qui encourage à faire des choses justes dans son rapport social, dans son rapport au monde. C’est un mentor que je n’ai pas connu, mais qui à travers les souvenirs de sa fille, m’est devenu attachant. Je suis très heureux d’avoir eu l’honneur et la chance de créer cette fragrance.

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Rõzu, Eau de parfum, 150€ sur aesop.com

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